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Numéro 18 - juin 2006

Reportage réalisé dans le cadre d'un projet au
Centre des 16-18 ans à Longueuil

L'EFFET TÉLÉRÉALITÉ


Dans le monde, plusieurs pays affichent à leurs écrans des émissions de téléréalité, seulement aux États-Unis, plus de 300 y ont vu le jour. Partout, ces émissions connaissent la popularité. Mais pourquoi restons-nous accroché à ces émissions? Qui sont les participants? Et surtout, est-ce vraiment de la réalité? Pour tenter d’expliquer ce phénomène, nous nous sommes arrêtés à une émission particulière qui est devenue un rendez-vous quotidien pour bien des téléspectateurs, Loft Story 2.


Pour commencer, posez-vous la question : mais qu’est-ce que la réalité?

D’après le dictionnaire « Le petit Larousse illustré, 1994 », la réalité est définit de la façon suivante :
1. Caractère de ce qui est réel, de ce qui existe effectivement. 2. Ce qui est réel, ce qui existe en fait, par opposition à ce qui est imaginée, rêvé, fictif. 3. Chose réelle, fait réel. « Être confronté à de dures réalités. »

En d’autres termes, c’est le train-train quotidien et les rapports entre les humains, c’est aussi ce que l’on ne voit pas.


Malgré ce que certain peuvent penser, si nous tenons compte de ces définitions, nous pouvons affirmer que la téléréalité est effectivement de la réalité si on la compare à la vie normale. Le monde extérieur est comme le loft, on s’oblige a bien paraître devant les gens de la société et il faut également le faire devant les caméras. Nous pouvons examiner ce phénomène sous toutes ses formes. Au premier regard, tout cela semble n’être qu’un jeu motivé par l’argent et l’hypocrisie ainsi qu’un moment pour passer du bon temps. Nous ne nous le cacherons pas, c’est effectivement un jeu où le but est de remporter des gros prix.
En continuant dans ce sens, nous pourrions même dire que la séduction est maintenant un sport de compétition où les sentiments ne viennent plus du cœur mais plutôt de l’esprit compétitif. Mais étant donné le nombre de personnes restreintes, les proportions de trouver l’âme sœur sont très limitées. En fait, c’est comme à l’extérieur puisque les chances de trouver la personne correspondant à notre liste de critères sont aussi limitées. De plus, comme dans n’importe quel sport, les stratégies sont essentielles pour remporter la partie. Il y a même un maître du jeu que nous pourrions comparer à un arbitre. Celui-ci contrôle la partie, il veille à ce que tout ce passe dans l’ordre et les règles du jeu.

En fait, le loft véhicule une réalité propre à elle-même avec quelques différences à celle de l’extérieur tout en gardant plusieurs points en commun. Nous pouvons comparer les caméras aux gens de notre vie quotidienne qui nous observent dans le métro, dans la rue, etc. Au début, plusieurs d’entre nous pensions qu’il était impossible d’être naturel dans le loft sous l’œil des caméras. Cependant, chaque personne vit cette situation différemment et fini par les oublier.


En fait, nous modifions tous notre manière d’être, de penser, et d’agir lorsque nous sommes devant la pellicule. Cette situation se compare à une entrevue pour un employeur. Bien paraître devant celui-ci pour gagner l’emploi et bien paraître dans le loft pour gagner la partie.


Pour qu’une téléréalité fonctionne, il faut que les gens qui y participent aient des traits de personnalité qui vont mettre de l’action dans le loft. Parfois ils sont différents et se confrontent ou bien ils sont communs entre eux et créer des alliances. En s’inscrivant, les participants ont comme priorité de gagner un prix, de l’argent ou d’être connu par le Québec. Cette expérience de vie est plutôt originale en son genre mais elle comporte quelques risques. Par exemple, au contraire de se faire aimer des téléspectateurs, les participants peuvent se faire humilier et haïr de tout le public québécois. Dans ce cas-ci nous pouvons nommer l’exemple du lofteur évincé, Alexandre, qui s’est fait tabassé dans un bar ou de la réputation de «bitch» qu’a eu Mélanie après sa sorti lors de la première saison de Loft Story. Donc, cette expérience peut aussi jouer en leur faveur ou être nuisible.


Tous les participants ont au moins un trait en commun, ils sont tous exhibitionnistes. Ils acceptent de se montrer à la télévision et d’être filmés et analysés 24h/24h comme des rats de laboratoires. Kenza Braiga, une ex-participante de Loft Story I en France, a dit : « On était vraiment comme des rats de laboratoire (…) on était observés, scrutés, les moindres gestes, les moindres faits (…) C’était une ambiance assez spéciale.» De plus, ils doivent se plier aux exigences du maître du jeu. Mais on-t-ils réellement besoin d’un maître du jeu pour qu’il y ait de l’action dans le loft?


Au Québec 1,5 millions de personnes ont regardé Loft Story 2. Cela démontre très bien le pouvoir extraordinaire de ces émissions. Cela engendre un désintéressement pour les autres émissions durant la diffusion des téléréalités. Mais pourquoi ces programmes télévisés sont si alléchants? Il est vrai que les gens veulent voir des émotions fortes, mais pas n’importe quelles. Est-ce que nous regarderions ce genre d’émissions si c’était une personne quelconque dans un univers banal? En fait, la plupart des gens préfèrent voir quelqu’un d’ordinaire dans un contexte spécial plutôt qu’un riche dans son château. Cela veut-il dire que nous voulons voir des gens se faire humilier? Est-ce que nous voulons nous défouler sur les participants puisque nous pouvons les éliminer?


Le fait de regarder ces émissions fait-il des téléspectateurs des voyeurs? Non, les téléspectateurs ne le sont pas tous. Les voyeurs vont sur les sites Internet reliés à ces émissions pour voir des choses inédites. Ils vont plus loin que ce que l’on montre à l’émission quotidienne, ils veulent en voir plus. Le public trouve des intérêts à regarder ces émissions parce qu’il y a des surprises et que c’est imprévisible. Selon nous, les gens du public désirent découvrir la nature humaine, ils aiment voir les participants se «bitcher», ils veulent voir comment les personnes réagissent dans une situation donnée et voir si elles vont réagir comme on le pense. De plus, c’est comme une démocratie, les gens peuvent voter à leur guise. Cela leur procure un sentiment de pouvoir et de contrôle. Ils peuvent décider du sort des participants. Mais est-ce vraiment du pouvoir?


Avec toutes les informations que nous avons recueillies sur la réalité, sur les participants et sur les téléspectateurs, nous avons réussi à démystifier un peu plus ce qu’était la téléréalité. Nous avons comparé deux environnements, le monde des téléréalités et la réalité extérieure. En les analysants, nous avons conclue que la réalité dans ces programmes est sans cesse modifiée ou contrôlée. Mathias Gurtler, journaliste français chez VSD a affirmé que : « Les productions comme Endemol (…) embauchent des story editor (scénaristes), dont le métier est de fabriquer une histoire. Il y a donc une base, et avec des castings (…) on fait du montage, on fait une petite histoire, qu’on propose ensuite aux téléspectateurs pour les influencer dans leur vote» tiré du site : http://radio-canada.ca/actualite/enjeux/reportages/2003/031014/tele-realite.shtml .

C’est pourquoi nous pensons que ces émissions devraient être appelées : télé-réalité-artificielle.


Reportage réalisé par ...
Guillaume Ste-Marie
Josquin Frascadore
Ibrahima Diallo
Olivier Bourget



 

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