La condition humaine

Le mal de vivre est comme un nuage gris traversant les siècles et nos émotions,
tel un mal obligatoire nous ramenant a notre condition humaine et notre solitude
.

Pour mieux comprendre cette tare, nous avons demandé à Sylvie Corbeille, Psychologue
au programme de prévention du suicide sur le campus de l'université de Montréal,
de nous décrire les origines ainsi que les principales causes de ce phénomène.

Comment définissez-vous le mal de vivre?

- Le mal de vivre aurait un lien avec le malaise d'être soi. Ce malaise d'être soi, d'être dans son corps, de pouvoir s'approprier qui on est, mais aussi de l'affirmer avec les autres. Quand il y a un malaise d'être soi, forcément il doit y avoir un malaise dans la possibilité de se relier à l'autre dans un rapport conscient. Et cela créer donc une crise au niveau de l'identité.

D'après vous, quelles sont les origines du mal de vivre?

- L'on connaît cette crise humanitaire depuis l'existence humaine. Les philosophes l'appelaient la mélancolie, le désespoir…cela à avoir avec la difficulté de devenir qui on est.

- Il me semble que chez nous, (au Québec) la crise a été accentuée par la crise d'identité sociale qu'on a connu dans les années 60 avec la révolution tranquille faisant éclater les repères sociaux qui sont les points d'appui sur le plan de la définition de son identité : (nationale, culturelle, religieuse et familiale). Tout a été brassé par la Révolution Tranquille et c'est là qu'on a vu éclater le suicide.

Est-ce que le phénomène est plus présent chez les jeunes adultes (18-30 ans) ?

Nous sommes passés d'une société répressive à une société sans bornes. Ces balises n'ont pas été remplacées.Le repère le plus immédiat qui a affectés beaucoup les jeunes, c'est la famille. Les 30-45 ans forme une cohorte d'âge plus fragile, ce sont les enfants des babys boomers.
Les enquêtes démontrent des indices de détresse élevés d'anxiété et de suicide chez les jeunes adultes. Le passage à la vie adulte est un moment de transition, d'affirmation et de concrétisation de l'autonomie. Cette installation dans la vie adulte est de confronter son idéal (projet lié au travail, à la famille…) à la réalité. Pour que cette confrontation se fasse sereinement, le jeune doit pouvoir faire le deuil de son idéal pour devenir soi.


Idéal très défini par les valeurs sociales de performance, compétitivité, le succès, l'individualisme, l'autonomie précoce et les valeurs matérialistes. La société n'aide pas les jeunes à s'installer dans ce qu'ils sont pour qu'ils soient contents d'eux.

C'est pourquoi c'est un phénomène plus présent chez nos jeunes aujourd'hui.

L'individualisme ne permet pas d'insérer les enfants dans un groupe social dans lequel il a une valeur, qu'il joue un rôle reconnu par le groupe social. Appartenir à une collectivité est donc un facteur de protection.

Si bien que dans une période d'échec, on continue d'avoir une valeur par le regard de notre communauté. Dans les sociétés africaines, tous les membres sont reliés très étroitement au groupe depuis qu'ils sont tout petits.

Est-il possible que le mal de vivre soit une manifestation d'un sentiment d'impuissance?

On doit accepter de réaliser son propre potentiel plutôt que de toujours se référer au top model, comme il est impossible d'être TOUT à la fois. Accepter d'être qui on est devient une protection au sentiment d'impuissance dans une logique de tout ou rien. La mort peut être perçue comme un acte de triomphe et de contrôle sur sa vie, voire un acte de réparation de son identité. Le suicide des vedettes devient contagieux puisque on présente tous leurs bons côtés suite à leur suicide. Enfin on parlera d'eux et ils pourront exister aux yeux de tous.
Comment reconnaître quelqu'un ayant des envies suicidaires et quels sont les moyens d'intervention à notre disposition?

Les femmes vont être davantage déprimées. Les hommes expriment leur détresse par des conduites extériorisées tel que la violence envers les autres ou envers eux. Le suicide est peu souvent un agir impulsif.
Indices de détresse :

1. perturbation du sommeil
2. perturbation de l'appétit
3. degré d'agitation
4. perte d'intérêt dans les activités habituelles
5. lourdeur dans les activités quotidiennes
5. lourdeur dans les activités quotidiennes
6. dévalorisation de soi
7. baisse d'énergie
8. On ne reconnaît pas la personne
9. évènements stressants tel que la rupture amoureuse
La personne se sent en perte de contrôle et commence à penser à la mort. Cette pensée peut lui faire peur et elle sera réticente à accepter l'aide que l'on veut lui apporter. Puis, lorsque la personne envisage des moyens de s'enlever la vie, elle peut donner des objets, faire des réunions pour régler des conflits ou se mettre soudainement à aller mieux pour aucune raison. À ce moment, il devient urgent d'agir puisque ce sont des signes qu'une tentative de suicide approche. Il faut faire connaître les services d'aide tel que SUICIDE ACTION MONTRÉAL (http://www.aqps.info/) pour contrer cet agir destructeur pour eux, mais aussi pour la société.
Il faut reconnaître que les jeunes représentent une force, une vitalité, c'est la capacité de développer le monde. Le suicide d'un jeune est comme une perte pour la société.
Il faut donner la possibilité au jeune de découvrir d'autres moyens que de s'enlever la vie lorsqu'il sent l'angoisse monter en lui. Tout le monde doit se sentir concerné et tous doivent se mobiliser pour se sentir compétents et être en mesure de réagir adéquatement lorsqu'un individu reconnaît la détresse d'un proche.
....